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Caroline7
Légende

Il y a 1 an | 268 vues

Récapitulatif de ma participation à ce concours

N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, toute critique constructive est la bienvenue !

Semaine 1 :

Il avait été encensé par la critique, qualifié de génie. Son livre avait eu tellement de succès qu’il était à présent en rupture de stock dans la plupart des librairies et sa maison d’édition avait lancé en urgence une réimpression de dix mille exemplaires. L’écrivain aurait pu se réjouir de ce succès, mais il pensait déjà à la suite, à sa prochaine histoire. Et plus on parlait de lui dans les médias, plus la pression augmentait. Il était face à son ordinateur et le curseur sur cette page blanche le narguait. Il pouvait presque entendre son clignotement sur l’écran. N’en pouvant plus, il partit s’isoler dans un chalet au milieu de nulle part pour essayer de retrouver cette étincelle d’inspiration qui avait fait de lui un écrivain.

Au dehors, le vent soufflait, la tempête de neige ne faiblissait pas. Elle recouvrirait bientôt le paysage autour de sa maison et il ne serait plus possible de distinguer le chemin le reliant à la civilisation. Mais l’écrivain s’en moquait un peu. Il était au chaud dans son chalet et venait tout juste de rajouter un morceau de bois sur les braises incandescentes dans l’âtre de la cheminée. Il allait bientôt se retrouver à court de munitions, il ne restait que deux morceaux dans le panier. Il devrait alors enfiler ses bottes, sa grosse veste fourrée et son bonnet pour affronter le froid mordant de l’hiver et refaire le plein de bois. Il se dit que ça attendrait à demain. Il remua un peu les braises et se remit à pianoter sur son clavier.

La tempête de neige avait enfin cessé. L’écrivain allait pouvoir sortir se réapprovisionner en bois de chauffage. Le froid lui mordant les joues, il prit quand même le temps d’admirer le paysage face à lui: la neige, dont la blancheur était rendue éclatante par le soleil et dans le ciel quelques cirrus à l’aspect filandreux. Il avait lu dans un article que ces nuages sont également présents sur d'autres planètes, Mars, Jupiter, Saturne ou Uranus, mais composés d'ammoniac ou de méthane glacé, plutôt que d'eau comme sur Terre. Cette dernière pensée lui rappela que ce qui avait fait le succès de son livre était le fait que 95% de ce qu’il avait écrit était vrai. Il savait à présent ce qui lui restait à faire pour son nouveau thriller.

La préparation était la clef. Un meurtre ne s’improvisait pas et l’écrivain avait pensé à tout dans le moindre détail. Il avait d’abord repéré sa cible : la région ne comptait que quelques chalets éparpillés au milieu d’une forêt de résineux. Il pouvait aller et venir sans se faire repérer et la neige effacerait ses pas. Il avait ensuite choisi son arme : une lance dont la pointe en obsidienne avait conservé son tranchant malgré son caractère ancien. Il s’était d’ailleurs taillé le pouce en la testant. Il avait ensuite observé sa cible, tous les jours, de loin pour ne pas se faire repérer. Tous les détails étaient consciencieusement notés sur son ordinateur. Il était prêt à passer à l’action.

Il avait réussi, il l’avait fait. Lorsqu’il retira la lance du corps sans vie de sa victime, il vit se développer une tâche rouge sur le pull blanc, un coquelicot déployant ses pétales froissés sur le torse de cet homme dont il ne savait pas grand-chose. En bon écrivain, il se mit à observer la pièce dans laquelle il se trouvait dans ses moindres détails afin de les transcrire dans son prochain roman. Il ne devait pas non plus oublier toutes les émotions par lesquelles cet homme et lui étaient passés. Elles constituaient l’élément authentique de l’histoire qu’il s’apprêtait à raconter. Puis il repartit en direction de son propre chalet, contenant difficilement son empressement à se retrouver à nouveau devant le clavier de son ordinateur.

Il n’avait aucune imagination, ça il le savait. Toutes les histoires qu’il racontait étaient basées sur des faits réels, c’est ce qui avait fait le succès de son précédent roman. Pour tout bon thriller, l’élément de base était un cadavre. Comme il lui était impossible de se le représenter à partir de rien, il devait le «fabriquer». C’était un cercle vicieux dans lequel il venait de tomber. Son éditeur le pressait d’écrire un deuxième roman, le curseur de la page blanche sur son écran le narguait. Il n’avait donc pas eu d’autre choix que tuer à nouveau. A présent, il pianotait fiévreusement sur les touches de son clavier. Un bestseller était en train de prendre vie.

Nous étions tranquillement assis dans notre canapé, avec pour seul bruit de fond les flammes de la cheminée qui crépitaient, quand la porte s’ouvrit dans un grand fracas. Un homme apparut dans l’encadrement, une lance à la main. Mon cher Peter se leva d’un bond, il avait gardé quelques réflexes de son passé de militaire. La lutte fut terrible, j’étais convaincue qu’il arriverait à maîtriser son agresseur, mais lorsque l’homme planta sa lance dans son torse, c’était fini. Quant à moi, je m’étais recroquevillée dans un coin et dès qu’il me vit, il pointa sa lance ensanglantée et me dit : « Je te déconseille de moucharder si tu ne veux pas subir le même sort !». Ses menaces étaient inutiles, je ne suis qu’un chat.

Semaine 3 :

Il avait fouillé sa maison de fond en comble, retourné chaque coussin du canapé, rampé sous le lit, s’était contorsionné pour regarder sous chaque meuble, mais il n’y était pas. La réserve de bois avait elle aussi fait l’objet d’une recherche approfondie, la sciure du sol avait été retournée, envoyée valser de tous les côtés sous l‘effet d’une colère difficilement contenue. Il avait ensuite fait le chemin de la réserve à son chalet à quatre pattes dans la neige, sondant, aplatissant, dégageant sur les côtés, cet amoncellement de poudreuse. Arrivé devant le porche, il dut se rendre à l’évidence : il avait perdu son pendentif, son talisman, au cours de la lutte. Il n’avait pas le choix, il devait retourner sur le lieu du crime.

La nuit n’allait pas tarder à tomber, il ne pourrait rien faire avant le lendemain. Retourner sur le lieu du crime n’était jamais une bonne idée, mais si son pendentif était bien là-bas, il devait le récupérer. Il se résigna donc à rentrer. La négligence dont il avait fait preuve le rongeait intérieurement et il avait perdu toute envie d’écrire son roman. Il en avait même perdu l’appétit, ce qui était plutôt rare chez lui. En revanche, la bouteille de vin qu’il avait volé chez sa victime le tentait bien. Il s’assit donc sur son canapé et se versa un verre. A la lueur des flammes de la cheminée, il observa le breuvage : la robe pourpre de ce vin indiquait qu’il était encore jeune, mais il ferait amplement l’affaire pour ce soir.

Le plan était simple : s’assurer que personne ne se baladait aux alentours du chalet, entrer subrepticement, retrouver son pendentif et repartir en effaçant ses traces de pas laissées dans la neige. Le premier point, le plus critique, ne devrait pas poser de problème étant donné que la vieille bâtisse était assez isolée et qu’une nouvelle tempête de neige se préparait. Le reste serait bien plus simple que la fois précédente puisqu’il n’y aurait plus personne à éliminer. A part peut-être le chat, se dit-il en souriant.

Arrivé à portée de vue du chalet, il vit la lumière bleutée d’un gyrophare tournoyer et se réverbérer dans la neige. Le choc de cette découverte laissa la place à l’incompréhension : comment pouvaient-ils déjà être au courant ?

Il était à bout de souffle, le stress qui le hantait lui avait fait parcourir les cent derniers mètres jusqu’à son chalet en courant dans la neige. Le dos appuyé contre la porte d’entrée après l’avoir refermée à clef, il essaya de retrouver un rythme cardiaque plus modéré, quand son téléphone sonna. La musique saccadée qui en surgit lui arracha un cri de surprise et son cœur s’emballa à nouveau. Sur son écran, il vit le nom de son éditeur s’afficher. Il savait déjà comment se déroulerait la conversation pour l’avoir déjà eue à maintes reprises : il lui dirait qu’il n’avait pas encore atteint son objectif et il entendrait son éditeur soupirer avant de lui répondre sur un ton faussement calme. Il décida de ne pas décrocher.

Il se retrouvait pris dans une spirale infernale et cette fois, il ne voyait pas comment il pouvait en sortir. Tout était de la faute de Jimmy. A chaque fois qu’il se trouvait dans une situation de stress, il repensait à cette nuit d’Halloween où, quand il avait douze ans, Jimmy et ses deux potes l’avaient entrainé dans une allée.

¾ Réponds à cette énigme et tu pourras repartir : je nais dans les jardins et meurs sur les fenêtres ; j’éclaire les visiteurs qui parfois ont peur ; les enfants préfèrent me creuser que me manger ; qui suis-je ?

Impossible de se concentrer, le stress et la peur lui nouèrent la gorge…

Vingt ans plus tard, il ne supportait toujours pas de voir la moindre citrouille, mais il avait enfin eu sa vengeance. Mais à quel prix…

Après avoir passé toute la nuit à tourner en rond, à se ronger les ongles jusqu’à saigner, il avait enfin trouvé son alibi. Il ne devait négliger aucun détail, la moindre incohérence anéantirait son histoire. Assis devant son écran, prêt à écrire sa version des faits, ses doigts se mirent à trembler, le clignotement du curseur sur la page blanche s’intensifia, s’accéléra, imposant un rythme effréné à son propre cœur. Il se leva d’un bond, sa chaise heurta le sol dans un claquement sourd, et il jeta un énième regard dehors. Pas de gyrophare bleu en vue. Pour se calmer, il fixa toute son attention sur le lac. Avec le froid, une fine couche de glace en recouvrait la surface et la neige de la nuit précédente lui donnait un air de banquise.

Le moment tant redouté arrivait enfin. Il en était presque soulagé : ne plus avoir à attendre, à se demander comment les choses allaient se dérouler. Il avait imaginé des dizaines de scénarios possibles dans sa tête, du meilleur au pire et a chaque fois il s’en sortait, son alibi était imparable. Une chose était sûre ; il ne serait pas l’objet d’un jeu de cache-cache, d’une course-poursuite, d’une fuite éperdue. Il ferait face, il était prêt. Il enfila son manteau, sortit sur le porche de son chalet et attendit, les pieds fermement ancrés au sol et les bras croisés, son regard fixé sur ce gyrophare bleu qui se rapprochait lentement, mais inexorablement.

Semaine 2 :

La sentence était tombée. Ce serait une ordalie par l’eau froide. Son seul tort était d’avoir utilisé des herbes médicinales pour soigner cet enfant. Le fait qu’il soit mort malgré tout n’était en rien sa faute. Le mal dont il avait souffert ne ressemblait en rien à ce qu’elle connaissait. D’autres enfants présentaient les mêmes symptômes, mais au lieu de lui laisser le temps de comprendre ce mal et de trouver un remède, on l’avait traitée de sorcière et à présent on la condamnait à mort. Pieds et poings liés dans le dos, elle serait jetée dans la rivière. Si elle flottait, la preuve de sa sorcellerie serait établie et ils la tueraient. Si elle coulait elle serait innocence mais morte. Dans les deux cas, c’était la fin…

Le vent soufflait et pourtant je ne ressentais rien. Je pensais pourtant avoir tout prévu : le baudrier, la corde, les mousquetons… Tout mon matériel d’escalade pour affronter la falaise qui me narguait depuis la fenêtre de mon hôtel. L’ascension se déroulait comme prévu et j’avançais à un bon rythme. Quand ma main toucha enfin le sommet, je sentis une piqûre qui se transforma en violente décharge électrique. La douleur irradia dans toute ma main et j’eus à peine le temps d’apercevoir un scorpion avant de tomber. J’étais là à présent, suspendu a ma corde au milieu de la falaise. Le venin se propageait dans mes veines, m’engourdissait, ma respiration ralentissait. Et le vent soufflait, mais je ne ressentais plus rien.

Une douce odeur au parfum délicat vint lui chatouiller les narines, lui rappelant la saveur des goûters de son enfance, les petites douceurs sucrées préparées par sa mère pour son retour de l’école. Les gâteaux à la pâte onctueuse fondant dans la bouche. Le croustillant des biscuits fourrés à la confiture. La crème onctueuse et généreuse des pâtisseries du dimanche. Elle savait qu’il lui faudrait attendre que le gâteau, à peine sorti du four, refroidisse, mais elle n’y tenait plus. Les effluves sucrés émanant de la cuisine étaient un appel à la délectation des papilles, une ode à la gourmandise. Elle laissa donc le curseur clignoter sur la page blanche de son écran et rejoignit son homme dans la cuisine.

« Ce texte est d’un ennui à mourir, aussi bien sur le fond que sur la forme. Si tu voulais vivre de ta plume, c’est raté. J’espère que tu as un plan B ! ». Ces quelques paroles adamantines lui brisèrent le cœur. Elle se doutait bien que son texte n’était pas parfait, qu’il lui restait encore beaucoup à apprendre. Elle attendait de sa part une analyse constructive et non une critique destructrice. Devait-elle persister, s’accrocher à son désir de devenir écrivain, ou bien laisser tomber ? Elle ne savait plus quoi faire. La sonnerie de la fin de journée retentit. Elle attrapa son cartable, y rangea ses affaires, sa copie si vivement décriée et rentra chez elle plus déboussolée que jamais.

La nuit est leur royaume, les jardins du château leur terrain de jeu. Dès la tombée de la nuit, alors que tous les hommes sont endormis, elles sortent et déambulent dans les allées de fleurs, jouant à cache-cache au milieu des haies labyrinthiques, s’éclaboussant les unes les autres dans les fontaines et riant aux éclats en dansant sous la lumière diaphane de la lune. Aux premières lueurs de l’aube, les rires cessent, elles savent qu’elles n’ont plus beaucoup de temps pour reprendre leurs places de simples cariatides, adossées aux façades glacées du château, immobiles et sans vie, alors que le monde autour d’elles s’éveille enfin.

Il venait de garer sa voiture devant ce petit pavillon de banlieue et regarda à nouveau l’adresse indiquée. Il ne s’était pas trompé. Il aurait préféré que ce soit le cas, cela lui aurait donné un sursis de quelques minutes, voire un peu plus, même si ça ne servait pas à grand-chose. Arrivé devant la porte, son doigt effleura la sonnette, puis il se ravisa. Il décida de prendre le temps de rassembler ses idées, jeta un dernier coup d’œil à son uniforme et prit une grande inspiration. Ce qu’il avait à annoncer à la femme qui vivait-là était à la fois simple et difficile : son homme ne rentrerait pas à la maison, il était mort au combat.

Horoscope du jour :

Le climat astral à forte dominance jupitérienne sera positif et pourra entraîner des répercussions sur le plan psychologique, en impliquant un moral en nette hausse et une tendance à l'optimisme, tendance que vous n'avez pas toujours.

Mais attention : il faudra éviter un ou deux pièges. D'un côté, Neptune pourra provoquer des retards imprévus. De l'autre, Saturne, tout en décuplant votre détermination, pourra vous pousser à prendre trop de risques. Si vous voulez éviter d'inextricables problèmes aujourd'hui, réfléchissez bien car vous serez sous l'impact de Pluton en aspect dysharmonique, votre énergie sera quelque peu fluctuante.

En clair, aujourd’hui, démerdez-vous !