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Nathavh
Expert

Il y a 8 mois | 95 vues

Hors saison - Basile Mulciba

Yann est étudiant en médecine, il vit en ville, au bord de la mer.  Il a une amoureuse - Anne-Lise - et pourtant, il quitte tout, c'est comme un besoin, une urgence qui le pousse à prendre ce train dans lequel on le retrouve en tout début de roman.  Un réel besoin de tout quitter, une fuite peut-être pour se (re)trouver.

Il part pour la montagne, comme saisonnier, lui qui n'a jamais quitté son bord de mer.  Dans sa précipitation, il laisse tout derrière lui.  Arrivé à la montagne, le dernier bus est parti et Yann commence la montée à pied, une manière de se connecter à la nature.

Là-haut, il va rejoindre Hans qui dirige un vieil hôtel hérité de son père, il rencontrera Joaquim et les autres saisonniers.  Commence alors l'attente de la neige pour lancer la saison, une très longue attente !

Peu à peu la station se vide, Yann décide de rester avec Hans.

J'ai beaucoup aimé l'ambiance qui se dégage de ce très beau premier roman.  D'entrée de jeu on ressent le mal être de Yann, son empressement à fuir sa situation actuelle, son quotidien.

Que va-t-il chercher à la montagne ? Il l'ignore je pense mais c'est vital pour lui d'être ailleurs pour se trouver peut-être.

L'écriture est poétique.  Ce roman parle de l'intime avec justesse et beauté.  On ressent très bien le temps suspendu dans cette station de montagne magnifiquement décrite.

C'est aussi au delà de l'incertitude, du désir, de l'acceptation et de la découverte de soi, un roman qui met en avant les conséquences à venir liées aux changements climatiques, à la montagne, le risque de la disparition des petites stations de ski et de ses conséquences.

J'ai passé un excellent moment à la découverte de ce premier roman.

Ma note : 9/10

Lu dans le cadre de la présélection du prix du roman Fnac



Les jolies phrases


 

Tout referait surface, une éruption à la mesure de sa fuite.

En contemplant cette bâtisse à la grandeur terne, il retrouvait ce qu'on ressent lorsqu'on contemple un livre d'histoire, cette perception du temps qui passe comme quand on tient entre les mains des cartes postales anciennes, qu'on se rend compte à quel point les lieux qu'on connaît ont changé, changent et se transformeront encore.

Qu'il appréciait le vide de la station, l'absence de la foule, la possibilité d'appréhender le lieu de son dénuement le plus sobre, comme lorsqu'on arrive en avance et qu'on peut prendre le temps qu'il faut pour se préparer à un rendez-vous important.

Tu poses les bonnes questions.  Et puis, tu me parais être quelqu'un qui écoutes, observes et attends avant de te faire un avis sur les choses et les gens.  Je trouve ça bien.

Ils s'accrochaient à leur contrat et à leur préavis comme des naufragés à un rocher battu par les vents et menacé par la tempête silencieuse qui s'approchait.

La lune était faible, seul un croissant fin commençait à émerger par-dessus les crêtes.  Yann en suivit la lente ascension de son regard inhabité et son esprit hypnotisé se délesta des lambeaux sombres qui s'accrochaient encore à leui.  La nuite le rendait sensible à tout ce qui s'étendait autour de lui, aux distances, à la clameur des bêtes nocturnes et aux émanations de la terre.

Pour Yann, qui commençait à bien le connaître, il était comme un bel arbre qui s'effeuille, rongé de l'intérieur par des parasites.

Aux côtés de Hans, il avait l'impression de s'ancrer, de grandir, il se nourrissait, s'emplissait de l'attention et de la tendresse qu'il lui portait, tout en sachant que ces instants étaient éphémères, une réalité fragile qui avait eu si peu de chances d'advenir.