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mariefd
Expert

Il y a 2 mois | 144 vues

"Son odeur après la pluie" de Cédric Sapin-Defour

C'est une histoire d'amour : d'amour entre un homme et son chien, entre un chien et son humain. De l'adoption à la mort d'Ubac, magnifique bouvier bernois, Cédric Sapin-Dufour nous inclut dans cet inconditionnel attachement qui va renverser sa vie de solitaire, amoureux de la montagne près de laquelle il vit. Vont s'adjoindre, au fil du récit, Mathilde qui adoptera en tous points cet amour inimitable de son compagnon pour Ubac, puis deux jeunes chiennes qui viendront accompagner les derniers temps de sa vie.

Ce lien, inutile et presque inconvenant pour ceux à qui la compagnie des chiens n'évoque rien, est au cœur du récit, dès la rencontre : "...il apparaît, il le chien. Comme sorti des abysses, aveugle et lumineux. Seul, détaché du reste et aussi peu pressé que possible de me voir. Une apparition, oui, osons le titre, sans autres idoles que de croire aux rencontres. Il pourrait de ses yeux débutants fixer cent merveilles autour (...) mais c'est à moi  qu'il offre la fixité de son regard, comme si j'étais la seule opacité de ce monde. Nous nous regardons, aimantés, sans cligner (...). Ce chien ne me lâchera jamais de son œil attentif et je sais que par les lucarnes de l'âme, au-delà de voir, il regardait et savait tout de moi dont ce que je m'efforçais à rendre invisible."

Lien indéfectible de confiance réciproque, de moments partagés depuis la jeunesse insouciante du chiot qui prend ses marques et pose les siennes sur ce qui l'adopte jusqu'à sa douloureuse fin.

Un amour qui se passe de mots, et finalement ce manque terrible quand l'on croit encore entendre le bruit de ses griffes sur le parquet et sentir toujours "son odeur après la pluie"...

"Il n'y a rien de plus simple que de vivre avec un chien. Il suffit, quand il rentre, d'écouter le bruit de ses pattes cliquer sur le parquet, de respirer son odeur qui, dans son sillage, imprègne discrètement le couloir de  la maison, et de regarder filer les jours entre les touffes de ses poils qu'il abandonne un peu partout. Et puis un soir, vous n'entendez plus que le silence, les pièces, toutes, empestent l'absence et il n'y a plus rien, nulle part, à balayer et à aspirer. Et c'est à ce moment-là, cette nuit-là, à cette heure précise, que vous ressentez jusqu'au fond de vos os que votre chien est mort." (extrait de la préface de Jean-Paul Dubois).