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Finskan
Etoile montante

Il y a 2 mois | 83 vues

New York 2140 - Kim Stanley ROBINSON - 2017

Partons de l’hypothèse que l’être humain s’est révélé incapable d’enrayer le réchauffement climatique, et imaginons, sur la base des changements géophysiques les plus probables, comment les sociétés humaines s’organiseraient et mèneraient leurs vies.

C’est ce que nous propose K. S. Robinson au travers d’un récit d’évènements impliquant deux enfants, une avocate, une policière, un as de la finance, un vieil érudit, deux geeks, une star de la télé-réalité et un concierge, tous habitants du même « supergratte-ciel » new-yorkais du XXIIème siècle.

La vision n’est ni sombre ni joyeuse, il s’agit simplement de l’exploration de vies d’hommes.

J’ai hésité à publier cette chronique dans l’espace « Aux frontières du réel », K.S. Robinson étant considéré comme un écrivain de SF. Toutefois cet auteur s’est révélé aussi extrêmement préoccupé par les problématiques écologiques et, selon moi, c’est le cas ici. De plus, les analyses dans les domaines financier, politique et sociaux constituent le « gros » des réflexions du roman, même si les évènements ont bien lieu dans le futur. Alors à vous de juger…

Or donc, le niveau des océans a tellement monté que les villes portuaires du monde entier ont les pieds dans l’eau. Mais grâce à de nouveaux matériaux ultrarésistants, les étages inférieurs engloutis ont été consolidés et les habitants continuent à vivre dans leurs immeubles. De grandes places new-yorkaises se sont transformées en « bacino » et les déplacements se font grâce à des flottilles diverses et variées ou des passerelles piétonnes surélevées.

L’histoire prend place dans un supergratte-ciel du lower Manhattan, le MET qui, à l’instar des autres gratte-ciel de la zone intertidale, s’organise et se gère comme une unité quasi autonome, avec sa propre ferme, son restaurant communautaire, son concierge garant de l’intégrité du bâtiment, et aux commandes, la présidente du comité des copropriétaires. Les édifices sont véritablement des ilots indépendants qui doivent protéger leurs habitants de la famine, de la surpopulation, des catastrophes naturelles, mais également s’intégrer au reste de la communauté new-yorkaise et équilibrer leurs comptes pour espérer survivre. Un sacré défi ! Et évidemment, chaque gestionnaire a son propre profil, du plus empathique au plus élitiste. 

Charlotte, par ailleurs avocate, fait partie de ceux qui gèrent leur immeuble avec rigueur et bienveillance ; elle veut rester en mesure d’accueillir des réfugiés climatiques, mais également que l’ensemble des habitants restent maîtres de leur destin sans risquer d’être expulsés. C’est donc avec beaucoup de méfiance qu’elle prend connaissance d’une offre d’achat anonyme pour le MET. C’est d’autant plus inquiétant que Vlade, le concierge « qui a le bâtiment dans la peau », a constaté dernièrement dans les étages inférieurs des microfissures non accidentelles : on dirait que quelqu’un cherche à effrayer les habitants…pour les pousser à vendre ? Ne seraient-ils pas confrontés à une OPA hostile ?

En parallèle, nous découvrons que deux « geeks » sans domicile, Mutt et Jeff, ont été admis temporairement dans une tente au niveau de la ferme. Lanceurs d’alerte en herbe, ils ont récemment déclenché une action qui a abouti à leur enlèvement, mais dans cet immeuble de quelque 3000 résidents, Charlotte commence tout juste à se demander ce qu’ils sont devenus…

Pourtant la vie dans le New York du XXIIème siècle ne se résume pas aux riches résidents des gratte-ciels. De pauvres gens n’ont eu d’autre recours que de rester dans de petits immeubles insalubres se désagrégeant inexorablement et à la merci de la première tempête venue, voire de vivre carrément dans des containers sous-marins. Monsieur Hexter est l’un d’eux ; adepte de livres papier, d’Histoire et de cartes anciennes, c’est un chasseur de trésors dont le grand âge l’oblige à déléguer la partie physique de son activité à deux jeunes orphelins sans domicile dont il s’est fait une famille, Stefan et Roberto.

C’est à une épave légendaire qu’ils s’intéressent actuellement, sombré corps et biens dans le port de New York avec à bord une fortune en pièces d’or. Les deux gamins ne manquent pas d’imagination, bricolent un scaphandre et partent en repérage sur le lieu indiqué avec précision par leur mentor. Le plus jeune manque de s’asphyxier et n’est sauvé qu’in extrémis par Franklin, un prodige de la finance qui passait par là sur son bolide des mers et les ramène chez lui au MET où ils sont pris en charge par Vlade et Charlotte qui les installent dans la tente de Mut et Jeff (ceux qui ont disparu).  

Franklin est justement un spécialiste de l’immobilier de la zone intertidale qui représente, selon lui, une véritable bulle financière... Il va donc être en mesure de conseiller Charlotte sur la conduite à tenir face à l’OPA.

Vous voyez, ça s’enchaine comme dans un soap !

Au final, j’ai trouvé ce roman extrêmement intéressant et dense. Pourtant la lecture n’en a pas été très facile du fait des multiples références et théories abordées, tant philosophiques que financières, mais aussi de descriptions géographiques fines de cette ville que je ne connais pas (j’ai dû consulter un plan de temps en temps pour ne pas m’y perdre !). Je serais d’ailleurs presque tenté de le qualifier d’essai plutôt que de roman, et certains passages ont été vraiment ardus ; heureusement que le sérieux du propos était habilement croisé avec le récit des heurs et malheurs de nos « héros ».

Mais qui est cet auteur ? Comment peut-il être aussi expert dans tant de disciplines différentes ? Use-t-il d’une armée de collaborateurs pour se documenter avant d’écrire un livre ? J’ai été impressionné par l’étendue de ses connaissances et j’ai aussi beaucoup apprécié le fait qu’il propose des voies possibles et crédibles pour notre avenir, autres que la fin de l’espèce humaine ou une négation des problèmes actuels. Je pense lire d’autres ouvrages de ce monsieur, mais je prévoirai du temps pour la lecture car si toutes ses œuvres sont de cet acabit, ça ne se fera pas d’une traite !