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Il y a 2 mois | 84 vues

Une famille Américaine (Ayelet Gundar-Goshen)

Si Ayelet Gundar-Goshen est scénariste, les compétences reconnues par son diplôme en psychologie clinique à l’Université de Tel-Aviv nourrissent de manière pointue les comportements des personnages qu’elle campe dans ses romans. Le texte de « Une famille Américaine », traduit de l’hébreu par Laurence Klein mobilise des problèmes malheureusement très actuels. Mais entre le harcèlement, l’antisémitisme, l’expatriation, la trahison,  c’est le portrait très touchant d’une mère en quête de repères pour comprendre son enfant, le sauver des mauvaises influences, le préserver de la guerre récurrente en Israël qui m’a le plus intéressée. 

L’amour d’une mère, c’est un sujet universel et l’autrice donne à Lilach Shouster, une acuité viscérale dans les inquiétudes qu’elle exprime pour son fils Adam, dont elle s’aperçoit qu’il échappe à ce qu’elle croit connaître de lui en intrafamilial. Sa sensibilité se comprend d’autant quand on sait qu’Ofry, une petite fille est mort-née en Israël dans un contexte d’entraînement militaire. Parallèlement elle découvre également des versants inconnus de la personnalité de son mari Mickhaël, suite à l’arrivée d’un certain Ouri Ziv dont on soupçonne assez vite qu’il pourrait officier secrètement pour le Mossad.

Pour l’essentiel, les évènements évoqués dans ce roman ,se déroulent en Californie dans la Silicon Valley alors que la famille Shouster s'est installée depuis 17 ans en Amérique. Malgré tout , ils vivent dans une communauté d’expatriés, un microcosme qui cantonne les femmes à des occupations occupationnelles , les amène à développer des « amitiés carcérales » (« les expatriées sont des captives de l’Amérique ») en opposition aux « amitiés naturelles «  ( celles qui naissent en et pour Israël) . Il se trouve, hélas, que ces familles sont rattrapées par ce qu’elles cherchaient à fuir. Je me suis interrogée à ce sujet sur l’adéquation du titre « Une famille Américaine » ? Est-ce un défi, une dérision ?

Lilach veut offrir une enfance et un  avenir à son fils, loin des conflits qui opposent Juifs et Arabes en Israël. Michaël a un job très bien rémunéré et Top secret dans une entreprise de défenses en lien avec le Pentagone Ces propos adressés à sa femme  illustrent sa position : « Je ne comprends pas ce qui te passionne tant dans la politique, Lilou, alors que c’est justement ce qui coince, au Moyen-Orient. Si les gens oubliaient l’idéologie et se concentraient sur leur intérêt personnel, tout serait différent. […] Le capitalisme a vaincu le racisme. Réfléchis : à quoi ressemblerait le monde si au lieu d’y avoir des « Israéliens » et des « Arabes », il n’y avait que des ingénieurs chez Amazon et des développements chez Apple… ». Lilach quant à elle, perçoit clairement la dichotomie de leur identité de parents Israéliens , la métaphore est belle : «Je nous voyais comme un pont : les pieds plantés en Isaël, le corps tendu au-dessus de l’Océan, les mains en avant qui s’agrippaient à la bonne terre du Nouveau Monde. C’était sur notre dos, sur le dos de ce pont que notre fils pourrait traverser. »

Cependant, Adam Shouster va écrire SON histoire, entre deux meurtres d’Afro-Américains (celui de Paul Reed et de Jamal Jones), dans l’ombre d’Ouri , son mentor. La chute est terrible.

J’ai beaucoup apprécié la construction de ce roman, la manière dont les personnages entrent dans le déroulé des évènements, à l’heure où l’actualité fait flamber le conflit Israélo-palestinien. Je l’ai dévoré en 3 jours. Merci Plouf ! Plouf !