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Gotrab
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Il y a 2 mois | 162 vues

Pochettes mythiques

« Les vinyles sont la collection d’art des personnes pauvres » (Noël GALLAGHER) *

Pour certains « Boomers », ( nés entre 1945 et 1960 ) la pochette de disque possède une valeur quasi liturgique.

Il nous faut remonter jusqu’à 1930, en France, pour commencer à voir apparaître des pochettes illustrées.

En effet, jusqu’à présent, les emballages de disques hérités des 78 tours étaient neutres ou bien ne mentionnaient que le nom de l’éditeur du genre : Polydor ou Pathé Marconi sur ce qu’on appelle la rondelle c’est-à-dire le trou au milieu de cet emballage.

C’est l’apparition des microsillons en 45 tours et 33 tours qui fera se développer la pochette illustrée par des photographes et des graphistes.

Le milieu professionnel du disque s’est alors mis en route dans ce nouveau style, toutefois, l’Angleterre aura attendu la fin des années 1970 pour abandonner définitivement la pochette en papier kraft, malgré un premier balbutiement avec les Beatles en 1966, lors de la sortie de : « REVOLVER » d’un de leurs amis Klaus Voormann, musicien, et illustrateur Allemand qui propulse la pochette comme expression artistique reconnue.

C’est Peter BLACKE, l’un des pères du pop Art en Angleterre, qui décide de s’installer à New York où il sympathisera avec Andy Warhol qui le fera connaître auprès du grand public en compagnie du photographe Michael Cooper.

Finalement, les remarquables illustrations de Rick Griffin et les œuvres d’Andy Warhol pour le groupe « Velvet Underground » ou « The Rollings Stones » ont élevé les pochettes multiples au rang de pièce de collection.

Quant au disque souple, en édition limitée et inclus dans cet ouvrage, c’est précisément celui du groupe « Velvet Underground » pressé en 1966, pour son dernier enregistrement accompagné par la chanteuse du groupe : NICO et une pochette signée Andy Warhol

Ce groupe aura été un précurseur du Rock , a posteriori car ses débuts n’ont pas eu l’effet escompté en raison des textes des chansons qui prônaient la drogue, la violence et le sexe. 

Le Rock est devenu un vecteur majeur de la créativité des pochettes. De grands studios photo de renom se sont créés en Californie tel ce fameux Studio Hipgnosis, véritable légende, qui a été nommé cinq fois aux Grammy Awards.

La France avait déjà quelque temps de retard dans ce domaine.

* Musicien et compositeur doué du groupe « Oasis » qui a joué le rôle de locomotive du style ROCK. Presque chacune de ses compositions est un succès.

La photographie est devenue un outil majeur de l’expression musicale au même titre que l’art ou le graphisme.

En France, on ne peut oublier de parler de Jean-Baptiste MONDINO qui, à ses débuts, avait créé dans les années 70, le « Studio de l’Air » avec un ami Gérard RUFFIN.

Après un passage chez Publicis, il s’est mis à réaliser des clips qui ont joué pour lui le rôle de passeport professionnel pour lui permettre de se rendre aux USA et d’y réaliser des clichés pour PRINCE et MADONA et de remporter trois « Music Awards » aux MTV Video Music Awards, cette distinction créée par la chaîne câblée américaine qui récompense des clips vidéos, chaque année , au mois d’août.

Dans le milieu du jazz il est une sorte d’icône française, malgré lui, car il était très simple et voulait passer inaperçu des artistes afin de saisir l’expression la plus représentative de l’artiste , Il s’agit de 

Jean-Pierre LELOIR. (6/1931 – 12/2010 )

En tant que photographe, il concevait une sorte d’alchimie entre la lumière et la musique.

Il savait préserver sur ses clichés, toute l’atmosphère et les émotions du moment. Il ne manquait aucun rendez-vous sur scène ou en coulisses des grandes salles parisiennes ou des festivals aux quatre coins de la France, de l’Allemagne, de l’Angleterre et d’autres pays.

Pendant de très longues années, il a été le photographe officiel du label ERRATO qui produisait des artistes de musique classique.

« Il aura compté les années en milliers de regards afin de prouver que tout cela a eut lieu et prolonger ces moments privilégiés dans nos mémoires » ( Quincy JONES)**

** Musicien de jazz , compositeur, chef d’orchestre , arrangeur, réalisateur et producteur Américain, de renommée internationale, il a remporté 28 Grammy Awards ainsi qu’un Grammy Awards Legend en 1982. C’est en France qu’il aura créé une comédie musicale « Free and Easy » qui s’est déroulée au Music Hall de l’Alhambra en 1960.

Un autre photographe a su imprimer sa marque dans cette profession : 

Jean-Paul GOUDDE (12/1938) et sa muse : Grace JONES.

Après des études aux Arts Déco, il devient illustrateur en 1968 et intègre le prestigieux magazine New Yorkais «  Esquire » dont il devient rapidement le Directeur artistique. Cette activité fera de lui le dessinateur visuel emblématique des années 1980-1990. 

Ses photos et spots publicitaires pour CHANEL avec Vanessa PARADIS en cage ; pour la CITROEN CX avalée par Grace JONES notamment, lui ont permis d’organiser, à l’initiative de l’État Français, le défilé spectaculaire du bicentenaire de la Révolution Française en 1989.

Il aura fait de Grace JONES, chanteuse et compagne, son vecteur publicitaire à travers ses shows, ses mises en scènes et ses mémorables pochettes de disques qui scellent un imaginaire original et d’une grande valeur artistique.

Joel BRODSKY

Photographe Américain (10/1939-3/2007 )

Il a réussi une photo légendaire qui a marqué ses débuts en « shootant » Jim MORRISON  en noir et blanc, en 1966 , sous le titre: " Jeune lion". Peu de temps après, il dira avoir eu beaucoup de mal à réaliser ce cliché parce que Jim MORRISON titubait, tellement il était imprégné .

Sa réputation de professionnel très méticuleux dans ses réglages de scènes et d’éclairages a fait de lui l’inventeur de la pochette conceptuelle . On retrouve son style sur plus de 400 couvertures d’albums et de pochettes pour : THE DOORS , KISS, Aretha FRANKLIN, OHIO PLAYER, MG5 notamment.

BRIAN DUFFY 

Photographe Anglais ( 6/33 – 5/2010 ) 

A l’âge de 22 ans, il a commencé à prendre des clichés dans le domaine de la mode, il devient rédacteur de mode pour le magazine Harper's Bazaar grâce à ses études dans une École d’Art et découvre vraiment la photographie à ce moment. 

C’est en 1958 qu’il deviendra l’un des photographes qui révolutionnera la mode en entrant chez VOGUE Anglais. Puis, en 1965 il participe pour la seconde fois à l’élaboration du calendrier PIRELLI.

En tant qu’activiste de la mode, il a attisé la curiosité de David BOWIE avec lequel il travaillera pendant plusieurs années fructueuses, appuyant le discours visuel d’un artiste pour qui la dimension esthétique est presque aussi importante que la musique.

S’ensuivront 3 pochettes dont l’une d’entre elles est devenue l’une des images iconiques et du glam sortie en 1973 : ALADIN SANE.

MICK ROCK 

Photographe Anglais ( 1948 – 11/2021 )

On peut dire de lui qu’il aura été le portraitiste officiel du Rock, d’ailleurs, son surnom est resté :« The man who shot the seventies » son nom le prédestinait à signer des portraits légendaires des Rockers des années 1970 en leur apportant une vigueur supplémentaire par sa force visuelle : OZZI OSBORNE, BOB MARLEY, PETER GABRIEL, DAVID BOWIE pour lequel il réalise plusieurs clips connus, QUEEN, CAT STEVENS , RAMONES, LOU REED, SYD BENETT.

En 1974, à l’invitation de Lou REED, il part pour New York où il décide de passer le reste de sa vie, il a alors 26 ans. Il loue un studio sur Madison Avenue d’où il peut prendre des clichés de la scène Punk émergente jusqu’à LEMY KRAVITZ, SNOOP DOGG,,,,

Il a produit plus de 100 pochettes et 20 livres reliés de ses portraits majeurs du Rock. Après avoir pris tant de clichés qui l’ont rendu célèbre, son image s’est effacée de ce monde en novembre 2021.- 

Robert MAPPLETHORPE

Photographe Américain ( 11/1946 – 3/1989 )

Il aura vécu un peu à la manière d’une comète où sa vie personnelle parfois turbulente aura freiné son talent naturel pour quelques succès en 1986 avec la pochette de SO pour Peter GABRIEL et avant, en 1977, MARQUEE MOON et WAVE pour Patti SMITH avec laquelle il a vécu quelque temps.

Il reste toutefois, un des grands noms de la photographie du XXe, artiste puissant et provocateur.

Steven Patrick MORRISSEY dit MORRISSEY né en Angleterre, en mai 1959.

Ex chanteur des SMITHS de 1982 à 1987, il entame une brillante carrière solo après sa séparation avec le groupe.

Personnage à part, il est venu à la photographie à force de se soucier et de s’impliquer dans les pochettes de disques qu’il supervise pour le groupe. Par ses choix, il définit un univers référencé, culturel et populaire à la fois d’une quintessence d’anglicité.

Il aura publié plus de 20 pochettes du groupe SMITHS dont les thèmes restent très variés, allant de James DEAN à moto, en passant par Alain DELON ou Elvis PRESLEY son idole, ou encore l’actrice Alexandra BASTEDO .

C’est comme chanteur solo qu’il connaîtra vraiment le succès en remplissant les arènes de 15000 personnes aux Etats Unis, lors de tournée sur place et le Zénith en France. Il finit par s’installer à, Los Angeles, en 2004.

Sa récente parution d’un album studio remonte à 2023 sous le titre : « WITHOUT MUSIC THE WORLD DIES »

Anton CORBIJN 

Photographe d’origine Hollandaise , né en 1955 

Prophète du noir et blanc dramatiquement contrasté. Ses images sont indissociables des carrières de U2 et de DEPECHE MODE qu’il accompagne depuis une quarantaine d’années. Il a été sollicité aussi par Bruce SPRINGSTEEN et THE ROLLING STONES. Ce n’est qu’en 1989 qu’il se mettra à la couleur.

Sa complicité avec DEPECHE MODE remonte à 1986 avec le disque « 101 » jusqu’au récent MOMENTO MORI de 2023, sans oublier la réalisation d’une vingtaine de clips. 

De très nombreuses formations ainsi que des solistes vocaux font appels à ses talents parmi lesquels : THE KILLERS, THE BEE GEES, THERAPY, par exemple.

La réalisation de nombreux clips pour ce milieu de célébrités, l’on conduit vers le cinéma avec : « CONTROL » , un biopic de Ian CURTIS, le chanteur de JOY DIVISION qui fera l’ouverture du Festival de Cannes en 2007 et lui rapportera plusieurs récompenses.

En 2010, il a réalisé un thriller avec George CLOONEY «  Un homme très recherché », puis « LIFE »  en 2015.

On peut dire de lui qu’il est un poète visuel.

LASSE HOILE

Photographe, réalisateur de films et artiste Danois , né en 1973.

Il a débuté comme chanteur pour un groupe de metal « PANTZER CHRIST »  et change de braquet en 1993 pour le montage et production d’images.

Sa rencontre avec STEVEN WILSON, musicien britannique, signe son retour vers la photo du Rock pour les pochettes de BLACK FIELDS, CONTINUUM, PORCUPINE TREE, STEVEN WILSON en solo.

Son style hyper réaliste et ses pratiques de direction de vidéos clips, de films, de scénographies qu’il conjugue avec sa patte onirique font de lui un artiste à part.

 

Je recommande tout particulièrement cet album relié et cartonné de 527 pages et 1000 photos, dans une édition très soignée, en grand format, aux éditions GM, qui se parcourt comme l’on visite un musée des souvenirs visuels et musicaux du patrimoine artistique du disque vinyle. C’est un véritable ouvrage de référence.

Il se compose de trois parties :

1 – Photographie que j’ai choisie de vous détailler !

2 – Illustration : Fantastique !

3 – Graphisme : Remarquable et décoiffant !

Les auteurs : 

Jean-Daniel BEAUVALLET né en 1962

journaliste et critique musical, écrivain

Olivier CACHIN né en 1962

journaliste écrivain et animateur de programme télévisé

Christophe CONTE né en 1967

journaliste spécialisé en Rock, biographe, écrivain et chroniqueur

Jean-Eric PERRIN né en 1956

journaliste, spécialiste des musiques actuelles et des mouvements sociaux et culturels qui leur sont associés et écrivain.

que je remercie pour la richesse de leurs documentations ce qui m’a permis d’en extraire un résumé et de ressentir des frissons électriques rien qu’en prononçant les titres des chansons «  HOUNT DOG » et   « JAILHOUSE ROCK »  par Elvis PRESLEY. ! Waou !