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Il y a 5 mois | 300 vues

SON ODEUR Après LA PLUIE Cédric Sapin-Defour chez Stock

 Ma rencontre avec ce livre est le fruit du hasard. Rien que le titre est une promesse, celle d’une belle écriture où la poésie, l’émotion authentique  trouvent racines. En lire le résumé et le sujet vous emporte : « c’est une histoire d’amour, de vie et de mort entre un homme et son chien ». Je trouve que c’est bien plus que ça !

Cédric Sapin-Defour- l’auteur- vit en itinérance dans le Beaufortain, ce qu’il nous confie de ses 13 années d’osmose avec Ubac son Bouvier bernois est bouleversant. Car cette osmose, ce lien indéfectible donne à l’existence toute sa substance, c’est le vrai sujet de ce livre. Il n’y a ni chien, ni maître, simplement deux êtres qui communiquent, se respectent et vivent une complicité comme une évidence.  Ils s’enrichissent mutuellement, ensemble, deviennent NOUS.

L’auteur qui est aussi le protagoniste de cette magnifique histoire nous invite à partager son humilité et sa reconnaissance envers Ubac : “Ce chien me réapprend à lire le vivant autour, à écouter les musiques de la nature, ses amplitudes, ses respirations, à mesurer ses états, à déchiffrer ses codes.” Oui, Ubac sort de l’ombre de grandes questions plus profondes : « Qu’il doit être plaisant de vivre au milieu de mille singularités visibles, l’on se mettrait en quête de plus grand et qui se nomme l’humanité, notre étoile ou  un autre de ces tout qui rallient ».

Ce bonheur  réunit d’autres personnages : Mathilde, compagne de Cédric, Cordée, une labrador et Frison, fille d’Ubac . Trois chiens les couperont petit à petit de leurs ami.e.s , mais l’essentiel reste ailleurs :  « Entre nous et tout, s’est installé quelque chose, et pour longtemps, si ce n’est toujours, je garderai du monde ce rapport insulaire » .

 L’écriture est un vrai plaisir littéraire. Son phrasé original porte des réflexions et des ressentis qui touchent. Qu’ils soient terre à terre (son odeur après la pluie) ou plus philosophiques (« avoir un chien resserre le temps et en bouleverse les pulsations »), et même  humoristiques ( Comme les spiritueux, le rayon chien est au fond de la boutique, aux âmes impatientes, les marchands soumettent de longs chemins »).

 « Un jour ou l’autre tous les radeaux  coulent et leur bois pourrit ».La mort s’y emploie. Au bout d’une seringue. Des cendres.  Et puis les mots d’Hugo : « Tu ne seras plus où, mais partout là où je suis ».

La lecture de ce livre laisse une sensation étrange, celle d’une énorme tristesse qui donne de l’épaisseur à la vie, c’est un cadeau. Merci monsieur Sapin Defour, Ubac est universel.

 

D’autres œuvres de cet écrivain :

L’Art de la trace .

Gravir les montagnes est une affaire de style

Expresso.