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Il y a 1 mois | 109 vues

Missak Manouchian au Panthéon.

Les fusillés de l’affiche rouge. (Editions Dupuis)

 Résistant arménien et communiste, Missak Manouchian, le chef du groupe de l’Affiche rouge, entrera au Panthéon le 21 février. Une bande dessinée retrace l’histoire de ces étrangers qui se sont battus pour libérer la France. Torturé puis fusillé le 21 février 1944 avec 22 autres membres de son groupe Francs-Tireurs et Partisans, main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI), le poète, ouvrier et militant communiste Missak Manouchian va devenir un symbole de la Résistance intérieure française. Un martyr que le peuple opprimé n'oubliera jamais. Cette exécution, très médiatisée par les Allemands à travers la fameuse Affiche rouge, servira de propagande nazie pour déstabiliser et décrédibiliser la Résistance face au peuple français. Un destin hors du commun qui prend une nouvelle ampleur en février 2024 avec l'entrée de Missak et Mélinée, son épouse, au Panthéon…        

C’est donc bien ici un album de référence sur l’action de ces partisans communistes étrangers. Ces figures restées encore plus dans l’ombre reprennent vie à travers des mini-biographies ponctuant l’album, accompagnées d’un dessin pleine page imitant les célèbres portraits de stars des studios photo Harcourt.

Cette volonté méritoire de mettre l’accent sur l’aspect collectif de ce combat, avec également un rappel minutieux de leurs différentes actions compense la relative faiblesse graphique de l’album. Thomas Tcherkézian usant d’un trait réaliste stylisé rehaussé parfois de trames, dans un style assez froid et austère, encore renforcé par Hiroyuki Ooshima et sa mise en couleurs aux aplats en trichromie rouge, noir et grise assez laide. Une froideur dans le traitement qui se montre cependant en rapport avec la gravité des événements traités.

 Missak Manouchian – Une vie héroïque. (Les arènes BD / Ministère des Armées)

Manouchian et vingt et un membres de son groupe de Résistance sont fusillés dans la clairière du Mont-Valérien. Rescapé du génocide arménien, orphelin, apatride, poète, résistant, amoureux de la liberté à en mourir, cet album revient sur son histoire. Une vie héroïque ! Le 21 février 2024, Missak Manouchian entre au Panthéon. La préface est signée de Jean-Pierre Sakoun, président du Comité pour l’entrée au Panthéon, il rappelle le message universel porté par le héros. Reprenant le travail qu’il avait fait dans son récit romancé Missak, paru en 2009, l’auteur de polar Didier Daeninckx brosse le portrait d’un Manouchian plus humain, poète et écrivain d’abord, amoureux aussi, contraint de s’engager pour faire son devoir jusqu’au sacrifice. En revanche, on approche au plus près de la vie de Missak Manouchian, tombant par hasard sur la manifestation d’extrême droite du 6 février 1934 ou, plus inédit encore, membre d’une communauté utopique de militants communistes, la Cité nouvelle de Châtenay, en banlieue parisienne.

L’autre atout fort de cet album est dans la manière dont le dessinateur Mako restitue l’ambiance crépusculaire de l’entre-deux-guerres et de l’Occupation, avec un trait appuyé et, notamment, cette belle idée créative de ponctuer le récit par des dessins d’affiches de film ou de pub d’époque. Et si les planches de bande dessinée ne représentent qu’une moitié des pages, c’est que le restant est consacré à un gros dossier sur les étrangers dans la Résistance, enrichi de nombreux documents et réalisé par l’historien Denis Peschanski, également co-commissaire de l’exposition actuelle consacrée au groupe Manouchian par le Mémorial de la Shoah, à Paris.

Deux BD dossiers complémentaires

Ce 21 février 2024, Missak Manouchian et son épouse Mélinée entreront au Panthéon. Et avec eux une partie de cette Résistance longtemps oubliée en dehors de la sphère communiste. Ces « FTP-MOI » formés d’ouvriers immigrés, Polonais, Roumains, Italiens, Espagnols ou Arméniens comme leur chef, également Juifs pour la plupart. « Métèques » engagés en première ligne contre l’occupant allemand, bientôt traqués par les nazis et la police française de Vichy. Arrêtés, torturés et avant d’être fusillés au Mont-Valérien, dix d’entre eux verront leurs visages utilisés pour stigmatiser « l’armée du crime » sur une affiche rouge sang qui entrera dans l’Histoire.

Deux illustrés qui au-delà de leur richesse documentaire et historique, convergent dans leur manière de remettre en mémoire, et en images, l’héroïsme de ces hommes et femmes venues d’ailleurs avec une certaine idée de la France. Ces « Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant », comme le chantait Léo Ferré reprenant le poème d’Aragon l’Affiche rouge.

 Deux albums à lire en ce jour de commémoration, mais surtout, deux ouvrages qui font date pour inscrire dans l’histoire de la Résistance le combat des résistants communistes étrangers de la FTP-MOI. Pour ne pas oublier.

Par ailleurs, deux livres sont consacrés à Missak Manouchian, « Missak et Mélinée Manouchian, un couple en résistance » de Gérard Streiff aux Editions de l’Archipel, et « Manouchian » de Denis Peschanski et Claire Mouradian. (Éditeur Textuel, Collection Textuel Archives).

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https://www.fnac.com/a18788905/JD-Jean-David-Morvan-Manouchian